Lorsqu’une personne souffre, tombe malade ou traverse une période de fragilité, le premier réflexe est souvent de chercher ce qui ne va pas dans le corps : un organe, un système, une douleur, un diagnostic, une anomalie biologique.
Ce regard médical, indispensable, permet de diagnostiquer, de traiter, de surveiller, de soulager, parfois de réparer.
Mais il ne dit pas tout de ce que vit la personne.
Car une maladie, une douleur chronique, une fatigue persistante ou une anxiété ne sont jamais vécues dans l’abstrait. Elles s’inscrivent dans un corps, mais aussi dans une histoire, un environnement, des émotions, des relations, des peurs, des ressources et parfois des blessures anciennes.
La santé ne se réduit pas à l’absence de maladie
La psychologie de la santé invite à penser la santé autrement que comme le simple contraire de la maladie.
Elle s’intéresse à la manière dont une personne vit ce qui lui arrive : comment elle comprend son symptôme, comment elle réagit à un diagnostic, comment elle supporte un traitement, comment elle s’adapte à une maladie chronique, comment elle retrouve ou non confiance dans son corps.
Elle ne remplace pas la médecine. Elle ne pose pas de diagnostic médical. Elle ne prétend pas expliquer une maladie par le psychisme.
Elle vient plutôt compléter le regard médical en posant une autre question :
Comment cette personne traverse-t-elle ce qu’elle vit, avec son corps, son histoire, ses émotions, ses liens et ses ressources ?
Cette question change profondément la manière d’accompagner.
« tout est dans la tête ! », NON !!
Cette phrase peut être très violente pour les personnes qui souffrent. Elle minimise leur vécu, comme si leur douleur, leur fatigue, leur anxiété ou leurs symptômes n’étaient pas réels.
Or, le corps parle réellement. La douleur est réelle. La fatigue est réelle. Les troubles du sommeil sont réels. Les effets d’une maladie chronique sont réels.
Mais ce réel est complexe.
Le stress, les émotions, l’histoire de vie, les conditions de travail, l’isolement, les expériences passées, les ressources disponibles ou le sentiment de sécurité peuvent influencer la manière dont une personne vit sa santé.
Cela ne veut pas dire qu’ils causent tout.
Cela veut dire qu’ils participent à l’expérience globale de la personne.
Derrière le symptôme, une personne entière
Une même maladie ne sera pas vécue de la même manière par deux personnes différentes.
Pour l’une, un diagnostic pourra réveiller une peur ancienne de perdre le contrôle.
Pour une autre, une douleur chronique pourra devenir une source d’isolement.
Pour une autre encore, une fatigue persistante pourra venir ébranler l’image qu’elle avait d’elle-même : celle d’une personne solide, disponible, capable de tenir.
La psychologie de la santé permet de ne pas réduire la personne à son symptôme.
Elle aide à entendre ce qui se joue autour du symptôme :
- la peur ;
- la perte de confiance dans le corps ;
- la honte parfois ;
- la difficulté à demander de l’aide ;
- le sentiment de ne plus être comme avant ;
- les efforts invisibles pour continuer à fonctionner ;
- les ressources qui existent encore, même lorsqu’elles semblent lointaines.
Ce regard ne cherche pas à enfermer la personne dans son histoire. Il cherche au contraire à lui redonner une place plus vaste que celle du problème qu’elle traverse.
Comprendre avant de vouloir corriger
Avant de chercher à changer un comportement, il peut être utile de comprendre ce qu’il protège.
Avant de demander à une personne de « lâcher prise », il peut être nécessaire d’entendre pourquoi son corps reste en alerte.
Avant d’interpréter une difficulté à suivre un traitement comme un manque de volonté, il peut être plus juste de se demander ce que ce traitement représente pour elle : une contrainte, une peur, une confirmation de la maladie, une perte de liberté, ou simplement une charge de plus dans un quotidien déjà saturé.
Comprendre ne veut pas dire tout accepter sans agir.
Comprendre permet d’agir plus justement.
Un exemple concret
Une personne atteinte d’une maladie chronique sait ce qu’elle devrait faire : suivre certaines recommandations, adapter son rythme, mieux dormir, prendre soin d’elle.
Pourtant, elle n’y arrive pas toujours.
De l’extérieur, on pourrait penser qu’elle manque de discipline.
Mais si l’on écoute plus finement, on découvre parfois autre chose : la fatigue d’avoir à penser sans cesse à la maladie, la peur des examens, la colère contre ce corps devenu imprévisible, la tristesse de ne plus vivre comme avant, ou encore le besoin de retrouver un espace où elle ne se sent pas seulement « malade ».
L’accompagnement ne consiste alors pas à lui rappeler ce qu’elle sait déjà.
Il consiste à l’aider à retrouver de la sécurité, de la clarté, des ressources et une relation moins conflictuelle avec son corps.
Une approche globale, progressive et respectueuse
Intégrer la psychologie de la santé dans l’accompagnement, c’est tenir ensemble plusieurs dimensions :
le corps, les émotions, l’histoire, l’environnement, les comportements, les relations et les ressources.
C’est aussi respecter le rythme de la personne.
Certaines protections ont mis du temps à se construire. Certains symptômes se sont installés dans des contextes complexes. Certaines conduites ont permis de tenir quand il n’y avait pas d’autre solution disponible.
Le changement ne peut donc pas toujours être rapide.
Il a besoin de sécurité, de nuance, de lien et de progressivité.
Accompagner sans réduire
La psychologie de la santé nous rappelle une chose simple et essentielle : une personne ne se résume jamais à son symptôme.
Elle n’est pas seulement anxieuse.
Elle n’est pas seulement douloureuse.
Elle n’est pas seulement fatiguée.
Elle n’est pas seulement malade.
Elle est une personne entière, avec une histoire, une sensibilité, des limites, des ressources et une manière singulière de traverser ce qui lui arrive.
C’est à partir de cette reconnaissance que peut commencer un accompagnement plus ajusté.
Non pour remplacer la médecine.
Non pour chercher une cause psychologique à tout.
Mais pour aider la personne à retrouver, pas à pas, une relation plus apaisée à son corps, à son vécu et à ce qui peut redevenir possible.


Laisser un commentaire