Douleurs, fatigue, anxiété : quand le corps n’arrive plus à relâcher

Lorsqu’une personne a traversé des périodes difficiles, surtout si elles ont duré longtemps, son corps ne les oublie pas toujours aussi vite que sa vie extérieure semble reprendre.

Il ne s’agit pas seulement de souvenirs douloureux ou de pensées qui reviennent. Il peut aussi se passer quelque chose de plus profond, plus silencieux, dans le corps.

Quand nous sommes confrontés à du stress, à de l’insécurité, à de la peur, à des violences, à des tensions répétées ou à une grande détresse, notre organisme se mobilise pour nous protéger. Il active ce qu’on appelle les systèmes de défense : le cœur peut s’accélérer, les muscles se tendre, la respiration changer, le sommeil se dérégler, la vigilance augmenter.

Au départ, tout cela est fait pour survivre. Le corps essaie de nous aider.

Mais lorsque l’adversité dure, lorsqu’elle se répète, ou lorsqu’elle survient dans une période de grande vulnérabilité — par exemple dans l’enfance ou l’adolescence — le système de stress peut rester activé trop longtemps. Peu à peu, le corps peut s’habituer à fonctionner comme s’il devait encore se défendre, même lorsque le danger n’est plus là.

C’est là que les troubles chroniques peuvent parfois s’installer.

On peut imaginer le corps comme une maison dont l’alarme aurait été déclenchée pendant une période de danger réel. Au début, l’alarme est utile : elle signale qu’il faut faire attention. Mais si elle continue de sonner longtemps après, elle fatigue tout le système.

Dans le corps, cette alarme prolongée peut entretenir une forme d’inflammation discrète, parfois appelée inflammation de bas grade. Ce n’est pas forcément une inflammation visible dans les examens habituels. Ce n’est pas toujours quelque chose que l’on peut mesurer facilement. Mais elle peut contribuer à un état de fatigue, de douleur, de vulnérabilité émotionnelle ou de dérèglement général.

Certaines molécules du système immunitaire, que l’on peut imaginer comme des « soldats » chargés de défendre l’organisme, peuvent rester trop actives. Elles continuent à agir comme s’il y avait encore une attaque à combattre. Le problème, c’est que cette mobilisation prolongée peut finir par épuiser le corps au lieu de le protéger.

Cela peut avoir des effets sur plusieurs plans.

Sur le plan émotionnel, cela peut favoriser l’anxiété, l’irritabilité, la tristesse, les variations d’humeur ou un sentiment de découragement.

Sur le plan corporel, cela peut participer à des douleurs persistantes, à des tensions musculaires, à une fatigue profonde, à des troubles du sommeil, à des troubles digestifs ou à une impression de ne jamais vraiment récupérer.

Sur le plan relationnel, la personne peut se sentir plus vite envahie, plus facilement sur la défensive, ou au contraire se replier, éviter, s’isoler.

Il est important de comprendre une chose essentielle : cela ne veut pas dire que la souffrance est imaginaire. Cela ne veut pas dire non plus que « tout est psychologique ». Au contraire, cela montre que le corps, les émotions, le cerveau, le système nerveux et le système immunitaire sont profondément liés.

Quand une personne souffre depuis longtemps, son corps ne fait pas semblant. Il essaie souvent de continuer à la protéger avec les moyens qu’il connaît.

Le travail thérapeutique consiste alors à aider progressivement le corps à comprendre qu’il n’a plus besoin d’être en état d’alerte permanent. Cela ne se fait pas par la volonté seule. On ne peut pas simplement décider de ne plus avoir mal, de ne plus être anxieux, de mieux dormir ou de se détendre.

Il faut parfois réapprendre, très doucement, la sécurité.

Cela peut passer par la respiration, l’écoute du corps, le mouvement adapté, l’apaisement du système nerveux, la mise en mots progressive, le lien thérapeutique, le sommeil, l’alimentation, l’activité physique douce, et parfois un accompagnement médical complémentaire.

L’objectif n’est pas de forcer le corps à aller mieux. Il est plutôt de lui offrir des conditions dans lesquelles il peut pas à pas relâcher sa vigilance.

Ce chemin demande souvent du temps. Il ne s’agit pas de réparer vite, ni d’effacer ce qui a été vécu. Il s’agit de permettre au corps de sortir progressivement de la défense permanente, de retrouver du choix, du repos, du mouvement et un sentiment de sécurité plus stable.

La souffrance chronique n’est pas une faiblesse. Elle peut être le signe d’un organisme qui a trop longtemps porté, résisté, tenu, compensé.

Et parfois, le début du soin commence ici : reconnaître que ce corps n’est pas contre nous. Il a essayé de nous protéger. Il a simplement besoin, maintenant, d’être accompagné autrement.

Si vous vous reconnaissez dans ces mots — fatigue persistante, douleurs qui durent, anxiété, sommeil fragile, impression d’être toujours en alerte — il peut être précieux de ne pas rester seul avec cela.


Commentaires

Laisser un commentaire

En savoir plus sur Ghislain Darbon - En estime de soi, EI

Abonnez-vous pour poursuivre la lecture et avoir accès à l’ensemble des archives.

Poursuivre la lecture